Colloque international – De la possibilité de politiques urbaines alternatives en contexte néolibéral ? Réflexions et expériences / Do alternative policies exist? Reflections and experiences in the neolibeal context

9-10 septembre 2015 – Université Jean Monnet – Saint-Etienne

La recherche urbaine critique française et mondiale a largement dénoncé des formes de standardisation des politiques des villes, sous l’effet de la diffusion de « bonnes pratiques » génériques qui privilégient l’attraction de firmes post-fordistes et des groupes sociaux les plus désirés (cadres supérieurs, étudiants, « créatifs », touristes…). Elle a semblé en revanche moins encline à déceler des politiques alternatives de développement urbain, qui engagent des initiatives et des ressources concernant plus largement la société urbaine, et notamment celles rarement valorisées par les stratégies mainstream (classes populaires, jeunesse, minorités ethniques, personnes âgées…).
Le colloque vise à mettre en avant de telles démarches ou projets soutenus par des municipalités en France et ailleurs. Il s’agira d’interroger les conditions de leur développement, mais aussi évaluer leurs succès ou leurs échecs. L’objectif est tant d’ouvrir des pistes de réflexion dans l’agenda de la recherche urbaine que d’interpeller les communautés étudiante, praticienne et citoyenne de la région lyonnaise, pour in fine, participer à l’imagination et à la production d’un futur meilleur.

 
Des « bonnes pratiques » génériques (Espaces et Sociétés, 2007 ; Moore, 2013)  nourrissent les projets urbains de « régénération par la culture », construction de quartiers d’affaires, de centres commerciaux, d’équipements de loisirs ou de nouvelles infrastructures de transport, politiques de développement durable, stratégies de marketing territorial et d’hébergement de grands événements, etc. Surtout, ces dynamiques d’homogénéisation et de standardisation semblent dominées par un objectif surplombant : (re)développer les villes en les rendant plus attractives pour les firmes post-fordistes et les groupes sociaux les plus désirés (cadres supérieurs, étudiants, « créatifs », touristes…) afin de renforcer leur positionnement au sein de la nouvelle division internationale de la production et de la consommation (Harvey, 1989 ; Hall et Hubbard, 1996 ; Moulaert et al., 2005).
Dans un contexte persistant de déstabilisation de la base économique de nombreuses villes occidentales sous l’effet de la mondialisation, les acteurs de la gestion urbaine semblent se tourner de plus en plus fréquemment vers des solutions mainstream dont l’efficacité, rarement débattue, semble validée par le succès de quelques expériences récentes hâtivement érigées en modèles, telles celles, largement médiatisées, de Glasgow (culture), Hambourg (activités créatives) ou encore Barcelone (événements sportifs prestigieux). Si ces stratégies mainstream ont concentré l’essentiel du feu – et des critiques – de la recherche urbaine, on compte bien moins de travaux sur l’existence et sur les effets – voire le succès – de politiques alternatives de développement urbain. Ce colloque vise à combler cette lacune et à mettre en avant des initiatives, des démarches ou des projets soutenus par des municipalités, des associations ou, plus largement des acteurs de l’urbain, qui cherchent à organiser un développement urbain s’éloignant des canons de l’entrepreneurialisme. Ces initiatives alternatives pourraient être caractérisées en creux par : – Une conception non pas selon une perspective top-down, au sein de cénacles fermés réunissant les seuls grands élus, experts et représentants du secteur privé, mais plutôt à partir d’une perspective bottom-up dans laquelle la société urbaine, et notamment ses composantes sociales ou ethniques les plus désavantagées, constitue l’élément moteur. – Une certaine distance vis-à-vis des mécanismes marchands. Les politiques urbaines alternatives cherchent davantage, par la mise en place de modes de régulation politique ou « sociale », à limiter les tendances au « développement inégal » des villes contemporaines. Le fait de ne pas chercher à reconstruire la ville pour les groupes sociaux les plus aisés ou la « classe visiteuse » (Eisinger, 2000), mais avant tout pour les couches sociales et catégories populaires déjà présentes dans la ville. Ces critères de définition peuvent englober des initiatives particulièrement variées et hétérogènes, tant au niveau de leurs objectifs qu’au niveau des ressources et des acteurs mobilisés. Elles peuvent concerner des domaines variés tels que l’urbanisme (décroissance urbaine planifiée, fiducies foncières, initiatives anti-gentrification et anti-spéculation, etc.), l’économie (systèmes monétaires ou systèmes d’échange locaux, firmes coopératives reposant sur les savoir-faire locaux etc.), la finance (tontines, banques coopératives opérant à l’échelle du quartier/de la ville, etc.), l’environnement (mouvement des « villes en transition », gratuité des transports publics, etc.), l’alimentation (agriculture urbaine, systèmes alimentaires locaux, etc.) ou encore la gouvernance (budgets participatifs, expériences d’autogestion, etc.). Le colloque aura pour vocation de rendre compte de cette diversité largement mal connue. Plus encore, ce colloque fait le pari que ces initiatives alternatives témoignent d’un vaste potentiel pour des politiques publiques démocratiques et efficaces à l’échelle urbaine. Dans cette perspective, le colloque suivra quatre principaux objectifs : – Faire connaître à la communauté scientifique et non scientifique une variété de politiques urbaines alternatives, par le biais de monographies. Il s’agira de présenter les contenus et objectifs de ces politiques, leur histoire et les acteurs et les groupes qui les ont portées et mises en place. – Interroger leurs causes de succès (ou d’échec). Il s’agira notamment d’analyser les conditions socio-politiques et économiques favorables à l’émergence, la mise en œuvre et la stabilisation de ces politiques. – Evaluer les politiques alternatives de développement urbain. Ces politiques urbaines parviennent-elles réellement à remplir leurs objectifs initiaux ? Quels dangers les guettent, et, finalement, sont-elles vouées à s’institutionnaliser ? Le colloque visera ainsi à caractériser ces initiatives, notamment par rapport aux politiques mainstream. – Théoriser les politiques alternatives de développement urbain. Quels outils conceptuels permettent de comprendre pourquoi et comment des politiques alternatives de développement urbain peuvent être élaborées et mises en œuvre dans des contextes locaux particuliers ? Dans quelle mesure les acteurs locaux disposent-ils d’une capacité à choisir l’orientation du développement urbain dans un contexte globalisé.

COMITÉ D’ORGANISATION :
Henri BRICHE – TRIANGLE (UMR 5206), IMUalpha
Raphaël FRETIGNY – TRIANGLE (UMR 5206), IMUalpha
Aisling HEALY, Université Jean Monnet, Saint-Etienne, TRIANGLE (UMR 5206), LabEx IMU Intelligences des mondes urbains
Christelle MOREL JOURNEL, Université Jean Monnet, Saint-Etienne, EVS-Isthme (UMR 5600), LabEx IMU Intelligences des mondes urbains
Christophe PARNET – TRIANGLE (UMR 5206)
Giovanni SECHI – TRIANGLE (UMR 5206)